AQTN · Rencontre & inspiration
Une carrière qui continue
de se réinventer.
Marie-Andrée Maltais partage sa vision de l’évolution professionnelle : apprendre, transmettre et oser dire oui aux nouvelles possibilités.
ENTREVUE · MASSOTHÉRAPIE · DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL

Et si la réussite en massothérapie ne se mesurait pas au nombre de clients, de diplômes ou de trophées, mais plutôt à notre capacité de continuer à apprendre, à évoluer et à saisir les occasions qui se présentent?
À l’occasion d’une compétition canadienne de massage thaï et oriental, nous avons eu le plaisir de discuter avec Marie-Andrée Maltais, massothérapeute d’expérience, plusieurs fois récompensée lors de championnats et aujourd’hui impliquée comme juge.
Notre conversation a rapidement dépassé le cadre des compétitions pour aborder un sujet qui concerne tous les massothérapeutes : comment continuer à évoluer professionnellement après plusieurs années de pratique?
Une carrière en massothérapie : bien plus que donner des massages
Dans une entreprise traditionnelle, l’évolution professionnelle passe souvent par des promotions. On gravit les échelons, on obtient davantage de responsabilités et on accède à de nouveaux postes.
Mais en massothérapie, à quoi ressemble une promotion?
Certains thérapeutes commencent dans un spa avant de se lancer à leur compte. D’autres font exactement le chemin inverse : ils développent leur clientèle, embauchent des collègues et finissent par gérer leur propre établissement.
D’autres encore choisissent l’enseignement, la formation continue, les voyages, les compétitions ou l’accompagnement professionnel.
Il n’existe donc pas une seule façon de progresser dans notre métier.
Le véritable avancement consiste peut-être à découvrir de nouvelles façons de mettre notre expérience et nos talents au service des autres.
C’est notamment ce qui rend le parcours de Marie-Andrée si intéressant.
Les championnats : une occasion de revenir aux fondamentaux
Lorsqu’on lui a proposé de participer à son premier championnat de massage, Marie-Andrée a d’abord été surprise.
« Ça existe, ça? », s’est-elle demandé en riant.
Puis elle a décidé d’essayer, simplement en se disant : « Oui, pourquoi pas? »
Cette décision allait transformer sa façon de voir sa propre pratique.
Malgré ses nombreuses années d’expérience, la préparation aux compétitions l’a amenée à retourner aux fondements de la massothérapie.
Comment se positionner? Comment mieux respirer pendant un soin? Comment améliorer ses mouvements, ses prises et la qualité de son toucher? Comment être encore plus attentive à la personne qui reçoit le massage?
Autant de questions qui peuvent sembler élémentaires, mais qui prennent une nouvelle dimension lorsqu’on accepte de remettre ses habitudes en question.
« Même après 25 ou 30 ans d’expérience, j’apprends encore, toujours, un peu plus. »
Les championnats ont également stimulé sa curiosité et son désir de poursuivre sa formation. Mais avec le temps, sa vision de l’apprentissage s’est précisée.
La qualité avant la quantité
L’une des réflexions les plus marquantes de notre entretien concerne la formation continue.
Marie-Andrée reconnaît l’importance de continuer à apprendre, mais elle invite les thérapeutes à réfléchir à leurs véritables objectifs.
Accumuler les formations ne garantit pas nécessairement une meilleure pratique.
Ce qui compte, c’est la façon dont ces apprentissages enrichissent notre écoute, notre compréhension des clients et notre capacité à leur apporter quelque chose de véritablement utile.
« C’est la qualité qui importe, pas la quantité de formations. »
Cette réflexion soulève une question intéressante : au lieu de toujours chercher une nouvelle technique, pourquoi ne pas approfondir celles que nous maîtrisons déjà?
Parfois, l’évolution professionnelle ne demande pas d’ajouter quelque chose, mais de mieux utiliser ce que nous possédons.
Le coaching : aider les thérapeutes à trouver leur propre voie
Notre discussion a également porté sur le coaching et l’accompagnement des massothérapeutes.
Il existe de nombreuses façons de réussir en massothérapie, mais une stratégie qui fonctionne pour une personne ne conviendra pas nécessairement à une autre.
Certains thérapeutes souhaitent développer une grande entreprise. D’autres préfèrent conserver une petite clientèle fidèle, enseigner, voyager ou simplement trouver un meilleur équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle.
Un bon accompagnement ne devrait donc pas imposer un modèle unique de réussite.
Il devrait plutôt aider chaque thérapeute à reconnaître ses forces, ses préférences, ses valeurs et ses aspirations.
C’est en apprenant à mieux se connaître qu’on peut parfois découvrir des possibilités professionnelles auxquelles on n’avait jamais pensé.
Cette philosophie rejoint plusieurs des réflexions partagées par Marie-Andrée : apprendre à s’écouter, à reconnaître ce qu’on peut apporter aux autres et à choisir une direction qui nous ressemble.
Apprendre à gérer la peur, le stress et l’ego
Participer à des championnats ne signifie pas seulement perfectionner ses techniques. C’est aussi accepter de se mettre en situation d’évaluation, de comparaison et parfois de vulnérabilité.
Marie-Andrée parle ouvertement des inquiétudes qu’elle a vécues.
Sera-t-elle à la hauteur? Est-elle trop âgée? Les jeunes diplômés connaissent-ils de meilleures techniques? Et si elle ne gagnait pas?
Même après trois décennies de pratique, ces questions peuvent surgir.
Elle reconnaît avoir traversé des périodes de stress et d’anxiété, notamment lorsque le désir de gagner prenait trop de place.
Avec l’expérience, elle a progressivement appris qu’elle n’avait pas besoin de cette pression pour bien performer.
Elle pouvait faire confiance à ses compétences, à son expérience et à sa préparation.
Et surtout, elle pouvait continuer à grandir sans chercher à prouver constamment sa valeur.
Aujourd’hui, elle voit davantage les compétitions comme des occasions de découverte, de rencontres et de développement personnel.
Une communauté qui dépasse les frontières
Les championnats lui ont également permis de rencontrer des massothérapeutes de différents pays, cultures et parcours.
Ces rencontres ont élargi sa vision de la profession.
Chaque personne possède sa propre façon de travailler, ses connaissances et son histoire. Les échanges deviennent alors des occasions d’apprentissage mutuel.
Pour Marie-Andrée, cette dimension collective prend une place de plus en plus importante.
La massothérapie n’est pas seulement une succession de soins individuels. C’est aussi une communauté de personnes qui peuvent s’inspirer, collaborer et évoluer ensemble.
Elle exprime d’ailleurs une belle philosophie :
« Tous les gens que tu rencontres sont là pour quelque chose, pour t’apporter et pour te faire grandir. »
Oser dire oui, même lorsqu’on a peur
S’il fallait retenir une seule leçon de cette rencontre, ce serait probablement celle-ci : il faut apprendre à reconnaître les opportunités et à leur donner une chance.
Marie-Andrée raconte qu’avant même de participer aux championnats, elle ressentait déjà le désir de faire autre chose que de travailler uniquement avec ses mains.
Puis une occasion s’est présentée.
Elle aurait pu la refuser, se dire qu’elle était trop expérimentée pour recommencer à apprendre ou, au contraire, pas suffisamment préparée pour se lancer.
Elle a plutôt choisi de dire oui.
Cette décision lui a ouvert des portes, lui a permis de rencontrer de nouvelles personnes et a enrichi sa pratique, autant professionnellement que personnellement.
Aujourd’hui, son parcours rappelle qu’une carrière en massothérapie peut continuer à évoluer après 10, 20 ou 30 ans d’expérience.
Il n’est pas nécessaire de tout abandonner ou de changer complètement de métier pour découvrir une nouvelle direction.
Parfois, il suffit d’accepter une invitation, de participer à un événement, de partager ses connaissances ou d’explorer une idée qui nous intrigue.
Un message pour les massothérapeutes
À travers cette entrevue, Marie-Andrée Maltais nous rappelle que l’expérience n’est pas une destination finale.
C’est une ressource qui nous permet de continuer à apprendre, à transmettre nos connaissances et à contribuer autrement à notre profession.
La réussite ne se limite pas à remplir son horaire de rendez-vous, à multiplier les formations ou à remporter des compétitions.
Elle peut aussi se trouver dans la confiance, la bienveillance, la curiosité et le plaisir de partager avec les autres.
Et si votre prochaine grande étape professionnelle commençait simplement par un « Pourquoi pas? »
L’AQTN remercie chaleureusement Marie-Andrée Maltais pour sa générosité, son authenticité et ses réflexions inspirantes sur l’évolution de la profession de massothérapeute.

